Je l'avoue, les débats - si l'on peut dire ! - sur le ségolénisme et l'après-ségolène ne
m'intéressent que très modérément.
En 2006, j'ai rejoint ce qui me semblait être un mouvement de fond dans la gauche pour investir
le PS, le changer, le faire fonctionner différement et faire sortir la gauche de l'impasse idéologique de l'après référendum. Ségolène bousculait tout, elle avait une façon réjouissante de n'être
jamais politiquement correcte, de prendre les éléphants à revers, et de faire ce que j'estimais à ce moment là être le seul choix politique possible : puisque le PS ne changera jamais par sa
seule capacité intérieure, il faut le prendre de l'extérieur, et puisqu'il est hors d'état de changer la société, que ce soit la société qui le change.
Politiquement ça se tenait, et ça se tient toujours. Sauf que...
La campagne de 2007 a montré que si la société civile pouvait investir le PS elle était incapable
de le faire fonctionner. Oh, ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais il est clair que Ségolène a vu se rallier à sa victoire des personnes qui n'adhéraient absolument pas à sa démarche, et
voulaient au contraire s'en servir pour se présenter au PS comme une nouvelle génération. Des jeunes avec de vieilles idées.
Et puis il y a eu non pas la campagne, mais l'après campagne. Je ne jette pas la, pierre pour la
campagne. On a été au sommet bordéliques et au dessous de tout, avec en face de nous une machine à gagner qui avait eu 5 ans pour se préparer. Il n'est pas exact de dire que le PS n'a pas joué le
jeu. Il a joué son jeu, celui d'un parti classique, celui de l'ancien parti qu'il était. La campagne a simplement mis en évidence l'espace entre ce qu'il devrait être et ce qu'il était vraiment
!
A la rentrée 2007, je pensais donc que Ségolène et ceux et celles qui étaient avec elle, avaient
compris l'enjeu et monter très vite à l'assaut du PS avant qu'il ne se ressaisisse. Ca n'a pas été le cas et on a attendu des mois, l'arme au pied, sans objectifs politiques clairs, un coup avec,
un coup sans, un coup dehors, un coup dedans, on a laissé passer tous les trains. Les nouveaux adhérents sont finalement presque tous partis, ecoeurés, démobilisés et on ne les reverra pas
de sitôt.
L'état major du PS a en effet méthodiquement mis en place une stratégie efficace qui a
été d'expulserla société civile du parti. , par la force ou par l'inertie. Ils avaient senti le vent du boulet, ils se battaient pour leur survie et ils ont fait TOUT ce qu'ils avaient à
faire. Nous, nous avons été hésitants, incapables de choisir clairement entre soit persister dans l'appel public à la société civile, soit se battre prioritairement en interne. On a tenté de
sauver quelques positions, et de gagner quelques places. Le moins qu'on puisse dire c'est que le résultat n'est pas convainquant et la victoire des municipales de 2008 a bénéficié massivement au
vieux PS.
A ce moment là, pour ma part, j'ai senti que cette absence de choix allait nous faire perdre le
congrès mais que la direction de notre sensibilité - toute la direction - ne pouvait se résoudre à choisir.
Il était déjà évident qu'entre Ségolène et la direction du courrant EAG, il y avait
un probléme de projet politique qui coincidait de moins en moins : le projet politique de l'une était hors PS et de l'autre interne. Cà aurait pu être une divergence tactique et c'est
devenu une divergence de fond.
Un choix entre un projet "5eme République" (une seule élection compte, le reste suit, le but de
l'équipe est d'amener LE(LA) candidate à la victoire), et un choix "parlementaire" (une équipe n'est pas une fin en soi, qu'un candidat est le représentant d'un courant
d'idées, son porte parole mais non son chef à tout jamais)
Quel que soient les facteurs humains qui s'y sont rajoutés c'est de cela dont ils est question
aujourd'hui et non d'une discussion autour de la personnalité de Ségolène, ou de celles des dirigeants d'EAG. C'est la perspective politique dans laquelle on s'inscrit et la façon dont on se
positionne par rapport au PS.
Clairement Ségolène ne considère pas le PS comme prioritaire car dans le cadre de primaires à
gauche elle pense qu'elle l'emportera avec ou sans l'appareil. Donc pourquoi s'en encombrer et ne plus avoir les mains libres plus tard, au risque évidemment d'une nouvelle campagne
schizophrénique...
EAG est un courrant du PS, et fait de la prise de contrôle du parti la clé du succès de la
Gauche toute entière. Sans un PS rénové, en position centrale dans la gauche, compliant avec le/la candidat(e), toute candidature, aussi populaire soit-elle à l'extérieur est vouée à
l'échec car complètement dépendant d'une personne, quelques soient les qualités de celle-ci.
Ségolène veut la répétition du schéma de 2006/2007, EAG n'en veut pas. C'est triste à dire, mais
le contenu de tout cela est faible, d'autant que sous la coupe "idéologique" des hamonistes le PS est en train de s'enfermer dans une rhétorique gaucharde et politicienne de bas étage qui le
décrédibilise tous les jours un peu plus. Si on y ajoute une première secrétaire nationale qui a été choisie non pour ses qualités mais pour ses absences de qualité, la situation est
critique.
Je sais que je ne propose rien, sinon d'être lucides car l'absence de prise de conscience des
enjeux, leur réduction à des coups d'appareil nous tire irrésistiblement vers le fond. Toute cette confusion fait que nous, les rénovateurs, ne nous différencierons bientôt plus de ceux
qui veulent que le PS ne change pas, ceux qui sont dans le déni de réalité, et qui jusqu'à nouvel ordre, se sont donnés, eux, les moyens de faire triompher leur position néfaste.
Merci de votre attention
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Marc
PS : L'affaire Mitterrand
L'ordre moral utlise toujours les incidents à des fins de régression : il ne manque pas de gens
qui trouveront bonne l'occasion d'exercer un amalgame entre la pédophilie, qui est une
sociopathie, et l'homosexualité qui est un comportement "normal" (pour faire court).
Mais...
Mitterrand est un artiste, ou plutôt il l'ETAIT. Comme artiste il a tous les droits, notamment
celui de n'avoir aucune distance par rapport à ses actes, et celui de prendre le public à témoin de ses doutes, de ses expériences, de ce qu'il en tire et de ce qu'il essaye d'en
donner à comprendre. Il a fréquenté des prostitués en Thailande, ça s'est passé il y a longtemps, personne n'est mort, c'était quand même pas terrible, il a eu la franchise (désarmante) d'en
parler et il y a quatre ans personne n'a relevé. C'était normal. A ce moment là il n'était qu'un artiste qui a fréquenté des prostitués, (jeunes évidemment, quelle surprise !) comme
Baudelaire, Verlaine, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Emile Zola, Jean-Paul Sartre, Georges Courteline, et excusez moi mais si les cite tous- rien que les français - tout le Lagarde et Michard
va y passer.
Je conviens que c'étaient tous des hommes et que l'aspect de domination et de pouvoir était
prédominant chez certains (Hugo) ou que ce comportement pouvait être le miroir de leur déchéance (Baudelaire). C'est un autre débat et d'ailleurs ce n'st pas le moins intéressant, au
contraire.
En 2009 l'artiste devient ministre, et pas de n'importe qui. Est ce qu'un artiste est bien placé
par principe pour être Ministre de la Culture ? Pas plus qu'un médecin pour être Ministre de la Santé. Pas moins non plus. Sûrement plus que pour un Inspecteur des Finances d'être Ministre de
l'Industrie, ça c'est sur !!! L'avenir le dira et il sera jugé sur sa politique, et sur rien d'autre, en tant que Ministre.
Mais voilà, il y a ses écrits qui posent problème pour un Ministre, car le Tourisme sexuel (dont
il ne fait absolument pas l'apologie !) est quelque chose de substantiellement plus grave que la prostitution en soi. Il n'y a en effet aucune équivoque possible sur la relation de domination et de pouvoir que cela implique. Ce
qui est écrit est écrit et ne peut plus être effacé. Il fallait y penser avant d'accepter d'être ministre, et les questions sur ce sujet sont légitimes car elles s'adressent non à l'artiste qui
n'a pas à répondre de son art, mais au Politique qui a, lui, à répondre de ses actes.